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Arrival : le test BRD.

29 Avril 2017 , Rédigé par TheGame Publié dans #A la une, #blu ray, #brd, #bluray disc, #dvd, #drame, #Mystère, #science fiction, #thriller, #arrival

Arrival sortira en 4K UHD, BRD et DVD le 5 avril prochain chez SPHE.

Synopsis:
« Premier Contact » est un film de science-fiction provocateur du réalisateur culte Denis Villeneuve (« Sicario », « Prisoners »). Quand de mystérieux vaisseaux spatiaux se posent partout sur le globe, le colonel Weber (Forest Whitaker) forme une équipe d'élite comprenant la linguiste Louise Banks (Amy Adams) et le physicien Ian Donnelly (Jeremy Renner) pour enquêter sur le phénomène. Alors que l'humanité frôle la guerre mondiale, Banks et son équipe cherchent des réponses – et dans un revirement inattendu, prend un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais aussi mettre en danger toute l'humanité.

Video: 2.35:1 16/9 BRD 1080p HD
Audio: DD5.1 (Anglais, Français) BRD DTSHD-MA7.1 (Anglais) DTSHD-MA5.1 (Français, Italien)
Sous-titres: Français, Anglais
Bonus:
- La Xénolinguistique: Comprendre « Premier Contact »
- Récurrence Eternelle: La BO
- Signatures Acoustiques: La Conception Sonore
- Pensée Non Linéaire: Le Processus du Montage
- Principes du Temps, de la Mémoire & du Langage


Image : **** Son : *** Bonus : *** Film : **** BRD : ****

 

Le BRD : Arrival de Dennis Villeneuve s'offre un Blu-ray à l'image identique à l'expérience en salle. C'est à dire que l'image est souvent grisâtre et froide. Ne vous attendez pas à éblouir vos amis lors d'une soirée démo avec ce disque, il n'est pas là pour ça, il crée une ambiance. Les pointilleux noteront l'absence de piste Atmos. Mais rien de grave. Le film se concentrant sur le langage, les dialogues sont mis en avant dans la piste son. Niveau bonus, la galette offre un bel éventail sur le travail filmique, l'origine de l'histoire et les notions scientifiques qui émanent du long-métrage. Agréable :

Le film

« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme. »
Victor Hugo.
 
 
Depuis l’aube de l’humanité, l’homme se demande s’il est seul. Les dieux antiques répondaient en quelque sorte à cette question. Même si une personne commune ne risquait pas d’en croiser un, il croyait qu’ils étaient là.
Plus tard, au fil des découvertes scientifiques majeures ayant redéfini notre place dans le cosmos, l’être humain s’est posé la question : sommes-nous seuls dans l’univers ?
Voire même plus , avons-nous eu des contacts avec eux au fil du temps ? C’est la théorie des anciens astronautes.
Théorie certes amusante mais qui remet en question le génie de l’homme (et pour un humaniste comme votre serviteur, ça passe mal).
 
 
De nos jours, telle sœur Anne, nous ne voyons toujours rien venir. Mais cela ne nous empêche nullement de nous poser la question d’un contact avec des êtres venus d’ailleurs allergiques au David Vincent et inversement. Nous laisserons les théories sérieuses à des grands esprits comme Stephen Hanwking et nous aborderons ici la science-fiction ( genre auquel appartient le film qui nous intéresse à la base dans cet article ).
 
Bref, avant de nous attaquer à Arrival, et si nous revenions sur la xénolinguistique à travers les âges de la SF ?
 
La xénolinguistique, matière fictionnelle , consiste à apprendre les langues aliens, leurs axiomes et syntaxes.  En effet, comment croire que des entités extra-terrestres parlent un anglais parfait comme dans les films ou les séries télévisées d’avant et pendant les années 60 ? Évidemment, certains scénaristes, pour colmater ce trou béant de cohérence, auront l’idée de prétendre que les protagonistes possèdent un traducteur universel qui permet de communiquer sans barrière de langue avec des populations aliens. Posant la question «  Comment diantre un tel traducteur peut-il exister et fonctionner face à des langues qu’il n’a jamais rencontrée ? ». Star Trek ( la série ), utilisait abondamment ce procédé. 
Ce n’est qu’à partir du 3éme film inspiré par la série que la langue Klingon sera mise au point et intégrée depuis à chaque épisode se référent à cette race extra-terrestre.
Car des êtres nés en dehors de notre planète auront forcément une langue différente voire peut-être même des moyens de communications tout autre que ceux sur lesquels nous nous basons ( les fourmis communique  par phéromones : on serait un peu perdu face à des aliens usant de cette forme de langage ).
 
Pourtant, et personne ne semble soulever la question du pourquoi , les Kryptoniens des films et même bande-dessinées Superman, parlent un anglais impeccable (et se payent même le luxe d’apprendre nos autres langues à une vitesse phénoménale : revoyez Man of Steel ). Il est donc ubuesque que, récemment, lorsque Superman découvre sa cousine captive d’animation suspendue, il la rassure en…kryptonien.
 
À tout seigneur, tout honneur, c’est donc avec un monument de la culture populaire que j’ouvre le bal : Star Trek. Surtout pour rappeler que le titre du film Premier Contact était déjà un titre porté par un Star Trek. Qui racontait, en gros, comment les humains avaient fait leur première rencontre du 3éme type en voyant un vaisseau Vulcain atterrir sur Terre. Aucune explication n’est donnée sur comment ils ont papoté autour du feu ( les Vulcains des films adorent parler anglais mais ils est souvent répété qu’ils ont une langue qui leur est propre, fort proche de celles des Romuliens dont ils sont cousins).  Bref, Premier Contact est un film Star Trek et je ferai référence au long-métrage de Dennis Villeneuve sous son titre original : Arrival !
 
 
En 1977, un jeune réalisateur écrit et réalise un film de SF traitant de la rencontre avec des OVNI : Steven Spielberg sort Rencontres du 3éme type ! Un monument encore trop souvent méconnu du grand public ( la même année, Star Wars d’un certain George Lucas marque bien plus les esprits et l’histoire du cinéma…et du marchandising à long terme).
 
Spielberg imagine un moyen de communication aussi visuelle que sonore pour entrer en contact avec nos visiteurs d’outre-espace : des lumières et de la musique, 5 notes qui ont marqué l’histoire du cinéma. Pour synchroniser le tout, un synthétiseur fait office d’instrument de musique et chaque touche est reliée informatique à un écran d’affichage lumineux.
Des années plus tard, cette idée originale sera comprise par Spielberg lors d’une interview. Steven Spielberg a toujours très mal vécu le divorce de ses parents ( et sa filmo est remplie de familles monoparentales, de couples qui se séparent, etc…). Sa mère était pianiste. Son père, informaticien. En créant ce mode de communication, il « réconciliait » inconsciemment ses deux parents.  ( notons qu’en musique, un langage très émotionnel d’ailleurs, certains passages s’appellent une question et son suivis d’une réponse ).
Bien entendu, les 5 notes ne sont qu’un début, un HELLO adressé tant aux visiteurs qu’à nous-mêmes lorsque le vaisseau géant émet lui aussi un show son et lumières à notre intention.
 
5 ans plus tard, tonton Steven continue d’explorer ses thèmes favoris avec E.T l’extra-terrestre.
E.T, un alien intelligent ( c’est un savant en mission de prélèvement botanique après tout ) apprend très vite à parler un anglais scolaire et à faire comprendre ses intentions : rentrer chez lui et construire un « téléphone », l’outil par excellence des années 80 pour vite entrer en contact avec nos semblables. Les problèmes de communication qui peuvent créer des quiproquos , ou pire,  sont des enjeux primordiaux chez le grand barbu ainsi que de trouver des résolutions à ces soucis.  Pour communiquer et se faire comprendre, E.T apprend, et vite.
 
Apprendre la langue de l’autre, c’est aussi une des thématiques d’Avatar. Chaque camp ayant compris que c’est pas la communication qu’il y a une chance de co-existence, Na’vi et humains apprennent la langue de leurs peuples.
Notons que dans Abyss, toujours de James Cameron, les extra-terrestre ont semble-t-il étudié l’humanité assez longtemps pour décoder leurs langages et sauvent Ed Harris après qu’ils aient intercepté un message où ce dernier lançait un message d’amour à sa femme.  Ce point est d’autant plus important que, dans la version longue du film, ces mêmes créatures , capables de manipuler l’eau, ont créé des tsunamis artificiels prêts à être déversé sur la planète comme un glaive vengeur. Comprendre nos messages à permis de sauver le monde.
 
 
Dans Contact, de Robert Zemeckis, les aliens semblent apprendre l’anglais d’eux-même pour entrer facilement en palabres avec le personnage incarné par Jodie Foster. Ils nous observent depuis un moment et ont été pro-actifs.
Idem pour les Transformers des films de Michael Bay qui apprennent les langues du monde lors de leur entrée dans notre atmosphère en…surfant sur le web.
Le Predator du film éponyme quant à lui, écoute énormément les humains mais comprend la puissance ironique du rire. Il ne se privera pas de rire avant de déclencher une bombe pour éradiquer son adversaire. Qui pigera bien entendu toute la symbolique d’un tel son.
 
Le principal soucis, qui n’en est pas un durant la lecture ou le visionnage d’une œuvre de fiction ,  c’est que tout découle au final d’esprit humains. Nous créons des langages et des modes de communications fictifs qui sont probablement à l’opposé de ce à quoi nous pourrions avoir à faire dans le cadre d’une rencontre extra-terrestre. Nous avons une question insoluble, pour l’instant, et nous cherchons des réponses toute fictionnelles qu’elles soient. Ce qui amènent les auteurs à aller de plus en plus loin dans les idées, à puiser de plus en plus dans les théories sur les langues et le langage.
 
C’est probablement en se posant des questions de ce type que l’auteur Ted Chiang accouche de la nouvelle Story of your life, adaptée dans le film Arrival.
Ceux qui ont vu le film comprennent sans doute aisément pourquoi le titre de la nouvelle est celui-là et que le double sens du mot Arrival, dans le contexte du film, aurait pu passer également en français. Le titre premier contact enlevant toute dimension linguistique un peu plus poussée et réflexive. Mais bon, je hurle sur les conneries répétées des distributeurs français qui se loupent 99 fois sur 100.
 
12 vaisseaux aliens arrivent sur notre planète bleue. Leurs positions sur le globe échappent à toute logique humaine. Louise Banks, experte en linguistique, est appelée sur le site américain pour tenter d’entrer en communication avec les extra-terrestres et comprendre leurs intentions, par le colonel Webber. Le colonel a aussi fait appel à un physicien reconnu, Ian Donnelly, pour percer certains mystères technologiques entourant les coques, surnom des vaisseaux en raison de la forme particulière de ceux-ci.
 
Détenteur d’un prix de la mise en scène à Cannes pour Sicario, Dennis Villeneuve ne démérite pas dans ses choix artistiques et sa direction d’acteurs (même si, à mon sens, le vainqueur de l’année reste Park Chon-wook pour Mademoiselle/The Handmaiden qui livrait une orfèvrerie réglée  comme du papier à musique diabolique. Le diable est dans les détails et je soupçonne le réalisateur coréen d’avoir passé un pacte faustien avec le premier déchu ! ).
D’aucuns lui ont reproché de faire du sous-Nolan avec ce film, je répondrai par la négative.
Des similitudes évidentes entre les approches nolaniennes sont indéniables mais, même si Nolan est l’un de mes réalisateurs préférés, il n’est pas dépositaire absolu de techniques de cinéma qu’il utilise et qui furent utilisée avant lui. Ce sont des jouets qu’il aime et dont la maîtrise technique lui est acquise mais le montage en parallèle, le minimalisme réaliste et les techniques narratives créant un cœur émotionnel ne sont pas sa chasse gardée. Villeneuve, d’ailleurs, en use de manière différente alors vous voyez…
Villeneuve convoque notre mémoire cinéphilique avec ce film. Que sont les coques, si ce n’est une autre version du monolithe de 2001 ? Chacun de ses objets à un impact sur l’espèce qui entre en contact avec elle  (les premiers hominidés de 2001 découvrent comment créer un outil, les coques proposeront autre chose de tout aussi intéressant ) et qui fait évoluer l’espèce en question vers un nouveau stade d’appréhension du monde qui l’entoure !
 
Et le monde qui nous entoure, Villeneuve va en faire une critique qui tient finalement de la simplicité (et non du simplisme ) , et la simplicité est la sophistication extrême si l’on en croit Léonard de Vinci ! En forçant l’héroïne ( notre prise émotionnelle en tant que spectateur ) à apprendre un langage différent et à appréhender le monde différemment ( il est désormais prouvé par les neurosciences que selon le langage que nous utilisons, différents zones du cerveau fonctionnent et cela influe sur nos perceptions ) , il y a là un parallèle évident entre l’arrivée des migrants ces dernières années qui restent grandement incompris car qui apprend à leurs parler ? Ou à vraiment parler avec les autres peuples ? Les comprendre est un début pour créer plus de ponts et briser plus de murs ( ces murs qui vont pousser en nombre ces prochaines années ). La géopolitique devient un enjeu majeur du film.  Sans manichéisme, le film dévoile les faits et les gestes, le noir et le blanc des postions de chacun.
 
Dennis Villeneuve propose également des propositions de cinéma, comme lorsque l’on découvre, avec Louise et Ian, les heptapodes ( 7 pieds ). La rencontre se déroule derrière une vitre séparant l’atmosphère viable des aliens de notre atmosphère. Il se trouve que derrière cette glace de verre, l’air est chargé de fumée…blanche. Cette vitre ressemble à s’y méprendre à un écran de cinéma cinémascope en attente de projection. Et que font les hepta une fois qu’ils ont compris que la communication verbale ne passera pas mais que l’écrit est la solution ? Ils projettent leur écriture sur la vitre. Quand le langage cinématographique technique devient un enjeu de narration !
 
Le cinéma est un langage mais surtout un multi-langage. Depuis ses débuts purement visuels à aujourd’hui, il a acquis de nouvelles couches : la musique, les sons, le parlant. Et chaque couche peut influer sur l’autre. Ainsi, un montage parallèle de Louise faisant son boulot ( en couleurs froides ) et vivant une vie de maman ( couleurs chaudes ) que tout le monde pense comprendre depuis le début du film grâce à une exposition roublarde et émotionnellement dévastatrice (le cœur émotionnel du film est là, dés le début et rappellera peut-être en filigranes celui d’Interstellar )peut se retrouver balayée par une simple phrase émise à haute voix.
 
Amy Adams incarne Louise Banks, et c’est un choix payant. Sa voix douce contraste avec la force de caractère et de détermination dont fait preuve son personnage. Actrice finalement peu connue du grand public qui la reconnait sans forcément savoir la nommer, elle porte sur ses épaules presque tout le film tant les rôles secondaires sont…secondaires ! Et pourtant , avec Jeremy Renner et Forest Whitaker , Villeneune n’est pas aller chercher des petits bras de la comédie. En scientifique renfermé et au final un peu lâche ( peu d’initiative couillues chez lui ), Renner s’offre un rôle plus nuancé et subtil que ces dernières années où il reste fortement englué chez Marvel (et encore, c’est l’un de ceux à tirer son épingle du jeu). Forest Whitaker évite le cabotinage grinçant pour camper un militaire ayant des impératifs militaires mais finalement assez loin de la caricature bornée et sous-intelligente que l’on présente trop souvent. Sa rigueur dans son travail trouve un écho dans la rigueur des autres personnages. Se sont des professionnels ayant des objectifs communs et parfois distincts mais qui acceptent ce fait sans trop chercher à s’emmerder les uns les autres. 
 
Émotionnellement fort, intellectuellement stimulant même si , au final, le décryptage de la langue alien est vite résolu ( car tel n’est pas le vrai propos du film ) et peut un tantinet laisser sur sa faim ou perplexe,  Arrival est un film au sujet qui semble rébarbatif mais qui captive de bout en bout. La froideur d’un sujet de Kubrick alliée à la chaleur des sentiments de Spielberg. Le tout enrobé dans un emballage taillé sur mesure par un futur grand de la SF, monsieur Villeneuve nous revenant dès la fin de cette année avec Blade Runner 2049, la « suite » du film culte de Ridley Scott !


 

Test rédigé par Geoffrey.

Arrival : le test BRD.

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