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Jupiter Ascending : le test BRD.

25 Juin 2015 , Rédigé par TheGame Publié dans #A la une, #blu ray, #brd, #dvd, #action, #aventure, #science fiction, #jupiter ascending

Jupiter Ascending : le test BRD.

Jupiter Ascending est disponible depuis le 17 juin dernier chez WHV en BRD et DVD, voici les détails ainsi que le visuel.

Synopsis:
Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones (Mila Kunis) est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n'a d'autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n'est que lorsque Caine (Channing Tatum), ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l'attend depuis toujours. Grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d'un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l'équilibre du cosmos.

Video: 2.40:1 16/9 BRD 1080p HD
Audio: DD5.1 (Anglais, Français) BRD Dolby Atmos (Anglais) DD5.1 (Français, Espagnol)
Sous-titres: Français, Anglais, ...
Bonus:
- Jupiter Jones: Destiny Is Within Us (DVD, Blu-ray™)
- Jupiter Ascending: Genetically Spliced (DVD, Blu-ray™)
- Caine Wise (Blu-ray™)
- The Wachowskis: Minds Over Matter (Blu-ray™)
- Worlds Within Worlds Within Worlds (Blu-ray™)
- Bullet Time Evolved (Blu-ray™)
- From Earth to Jupiter (And Everywhere in Between) (Blu-ray™)

Image : **** Son:*** Bonus:*** Film:***

Le BRD :
La palette graphique de Jupiter Ascending passant par toutes les teintes du spectre lumineux et peut-être même plus encore, l'encodage se devait d'être parfait. C'est le cas : des blancs éclatants d'une robe nuptiale aux noirs profonds du vide interstellaire, tout est un bonbon pour les yeux. Warner a mis le paquet sur le visuel. Un peu moins sur le son, où la musique vient parfois parasiter le reste, se taillant la part du lion ( mais ce que la partition de Michael Giacchino est belle nom de Zeus ! ). Niveau bonus, une bonne heure revenant sur les divers aspects du film, parfois un peu redondant mais sympa : surtout que vu le bide au box office, c'était même pas certain d'avoir 15 minutes de suppléments.


Le film:

Nouveau film de la fratrie Wachowski, Jupiter Ascending est de ces films sommes ,tant dans la forme que dans le fond, qui n’atteindra la reconnaissance ( si cela arrive un jour) que dans de nombreuses années.


Si l’on en croit la « politique des auteurs » mise au point par Truffaut, un réalisateur (ou un duo dans le cas présent) peut-être vu comme un auteur si sa filmographie est jonchée de récurrences thématiques, formelles, fondamentales. Cependant, si le réalisateur s’enferme dans un genre particulier, il n’est pas un auteur.
Cette seconde partie est complètement conne en plus d’être en désaccord avec la première affirmation de la théorie. Bref, Truffaut a failli mettre le doigt sur quelque chose et il était tellement fier de sa théorie qu’il a commencé par la défendre sous pseudonyme pour ne pas être taxé de copinage avec ses petits potes de la nouvelle vague ( aaah, le courage des opinions et comment assumer ses amitiés).
Les Wacho, fans de SF, sont restés connectés à leur matrice créative et de prédilection depuis 1999 et n’en sont pas moins des auteurs dans le sens le plus noble du terme. Jupiter Ascending en est une nouvelle preuve flamboyante !


Immigrée clandestine aux USA, Jupiter Jones ne semble pas destinée à dépasser sa simple condition « d’esclave moderne » au service d’une bourgeoisie pour qui le mot « balais » est d’une vulgarité crasse. Nettoyant les demeures des autres et astiquant les toilettes comme une forcenée, Jupiter ne trouve pas non plus d’exutoire au sein de sa grande famille qui ne semble pas très nette. Mais son empreinte génétique intéresse les dirigeants d’une entreprise bien particulière. Une entreprise intergalactique bien décidée à ne pas la laisser réclamer ce à quoi son ADN lui donne droit…


Jupiter Ascending a été repoussé de Juillet 2014 à Février 2015 par Warner Bros.
Officiellement, il s’agissait d’une sombre histoire d’effets spéciaux impossible à finaliser à temps (et peut-être d’un léger remontage). Officieusement, Warner, après l’échec de Edge of Tomorrow, aura préféré ne prendre aucun risque pour son année fiscale 2014. Sauf qu’au cinéma, les stratégies de sorties foirent à chaque coup : le succès surprise de « Bob L’éponge » face à Jupiter Ascending est là et fait très mal au compte en banque de la Warner. Ils n’ont pas osé le sortir face à l’autre space-opera de l’été, Guardians of the galaxy pour ne pas le nommer, et ça n’est pas payant. Si Bob l’éponge carrée fait un tel raz-de-marrée, c’est peut-être, non pas le signe de l’apocalypse, mais bien que le temps des neurones est révolu (eh bin si en fait, c’est un signe de l’apocalypse aussi ça).


Si quelque chose choque dans le déroulement du film, c’est le manque d’épure du script. Riche, parfois peut-être un peu trop. Le grand public actuel (celui dont les parents ont vu Star Wars au cinéma ou même à la télé carrément) aime les films de genre, mais encore plus s’ils s’inscrivent dans le cadre d’un univers bien ancré ( Star Wars, Marvel, DC, Star Trek, etc…rien de nouveau, ce sont des univers qui existent depuis 75 ans pour certains d’entre eux).
Et face à ça, si vous voulez que le monde voie le nouvel univers que vous avez créé, vous avez deux solutions : faire confiance au public et pouvoir exploiter votre univers dans des suites…ou être réaliste et tenter d’en mettre le plus possible parce que le public ne vous suivra pas. Les Wacho sont réalistes, ils connaissent les chiffres de leurs précédents films. Alors, ils ont sans doute foncé, quitte à en mettre un peu trop.
On ne peut pas lui reprocher ça, le film est rempli d’idées. Mais il y en a trop, c’est bardé de concepts, de design, de mise en scène. Soit votre cerveau rejette le trop plein (et la coquille semble vide), soit vous absorbez tout et c’est la migraine (mais vous avez pas de bol parce que même en étant hyper aware, votre ordinateur de bord va rejeter des détails, il en va de la survie de votre santé mentale). Et devinez quelle catégorie de la population peuple le plus notre bonne planète ?


Le film se retrouve donc submergé par tant de richesse mythologique, épique. Je le disais, le manque d’épure est bien présent, contrairement au premier Star Wars sorti (qui avait des ambitions similaires). Pourtant, on parle d’un film qui a vu une heure de script supprimée (et , parait-il, un concept visuel plus audacieux que le bullet time abandonné).
Les sous-intrigues sont nombreuses, parfois un peu fouillis ( accrochez-vous pour suivre certains enchaînements : c’est logique, cohérent, mais tellement rapide au début qu’on est en droit de se poser des questions si on ne remet pas de l’ordre soi-même).


Ensuite, chose rare chez les Wachos, les scènes d’actions sont parfois un peu illisibles. Rien de grave mais les voir dans ce domaine au même niveau qu’un réalisateur MTV lambda est désarçonnant. Et le rythme soutenu n’aide pas à s’attacher aux personnages, nombreux, qui peuplent cette aventure spatiale.


Pourtant, on sent la volonté farouche de définir les personnages et leurs failles (les sérieux problèmes œdipiens des garçons de la famille Abrasax par exemple, ou l’ambigüité de la sœur de cette fratrie dont on ne sait toujours pas qu’elles étaient ses intentions).
Et le casting, trop « dans l’air du temps » ou facile (les éternellement jeunes sont aussi beaux, bonjour L’Oréal Paris) donne l’impression de se retrouver face à des personnages calibrés pour un usage récréatif et facile.


Et pourtant…et pourtant, en partant d’un récit sentant bon le conte de fée de princesse nunuche en détresse, les Wachowski livre une odyssée où l’héroïne prend le pas sur tous les hommes qui tentent de la soumettre (girl power ! yeah !, et la réplique « I’m not your mother » avait de quoi devenir culte, oui monsieur ! ) et met à mal le capitalisme dans ce qu’il a de plus abject. Les défauts chiants du film se retrouve en mauvaise posture face aux qualités qui l’habitent : ses idées, ses images, ses hommages, ses thèmes, etc…


S’il y a une expression pour définir le cinéma des Wacho c’est bien « prise de risques ». Sous le vernis d’histoire au schéma super connu, ils s’arrangent pour fournir un travail en dehors des sentiers battus et empreint d’un jusqu’au-boutisme qui laisse énormément de spectateurs sur le carreau. Ce constat se vérifie de film en film, des suites fustigées de Matrix ( bug statistique dans leur carrière tant il aura été un succès séminal pour la culture pop) à Cloud Atlas en passant par Speed Racer.


Jupiter Ascending n’échappe pas à la règle et n’échappera pas à l’ire des critiques pro et des spectateurs tant les films non-formatés se font descendre pour ne pas avoir accepté de rentrer dans une case et une grille d’analyse facile ( et ce même si le film est issu d’une franchise aimée, comme Pirates des Caraïbes – Jusqu’au bout du monde, sommet de la trilogie mais enfant mal-aimé…). Les gens ont beau hurler qu’ils veulent être surpris, au fond d’eux, ils détestent ne pas retrouver leurs petites habitudes de visionnage. Morpheus a raison : " Ils sont tellement dépendants du système qu'ils vont jusqu'à se battre pour le protéger ". Parce que, comme le faisait si bien dire Christopher Nolan à Nikola Tesla dans The Prestige : « La société ne tolère qu’un changement à la fois. ». Et j’ose ajouter : d’une seule personne à la fois.


Matrix aura été le changement pour les Wacho. Changement dans la carrière : d’un petit polar nerveux – Bound – ils passent à la grande fresque de SF bien chiadée visuellement (et ne cesseront de s’en donner à cœur joie dans le domaine avec les deux suites mais aussi le reste de leurs filmo ) mais aussi changement de statut : en l’espace d’un film, ils auront révolutionné la grammaire cinématographique. Un apport si brutal et parfait que personne n’osera plus reprendre le concept de « bullet time » sauf pour le parodier. On est en avance sur son temps ou on ne l’est pas. Ils sont venus, vous l’avez vu, ils ont vaincu.


Et dans leur volonté d’aller plus loin, dans leur envie de se faire plaisir et d’être généreux, vous leur avez craché à la gueule ! (je tiens ici à me faire pardonner de mes lecteurs qui n’ont pas été véhéments sans raison sur Matrix Reloaded et Matrix Revolutions). Les deux suites de Matrix (ou plutôt, les deux parties suivantes de la saga) ont été plus loin dans la narration à la Campbell que n’importe quelle œuvre emprunte de mythologie depuis l’antiquité grecque, même Star Wars n’avait pas été aussi loin. Trop écrit, trop pensé, trop préparé…tout est bon pour détruire ces films, certes imparfaits, mais tellement ambitieux, généreux et cohérents avec l’univers décrit dès 1999, même se servir de compliments dénaturés.


Trop écrit, Jupiter Ascending l’est aussi. Mais comment être « trop écrit » ? Est-ce un mal de vouloir fignoler son récit ? De s’en servir comme d’un vecteur unique pour explorer ses thèmes et obsessions ? Car Jupiter Ascending s’abreuve aux mêmes fontaines que Matrix, Speed Racer, Cloud Atlas. La filmo des Wachowski est une déclaration d’amour à la puissance du mythe antique (enfin, de l’épopée plutôt), à la dramaturgie shakespearienne.
C’est la caisse de résonnance de l’exploration de thèmes qui leur sont chères : la réincarnation (Matrix, Cloud Atlas) , de la dénonciation de l’homme vu comme une denrée consommable par des castes supérieures et puissantes.
C’est l’espace de création où ils peuvent parler de leurs influences digérées (The Wizard of Oz, Alice in Wonderland, les comics, les mangas, la philosophie, etc…).
C’est leur monde intérieur offert au monde extérieur, convoquant dès lors autant leurs références que celles , symboliques et limites jungiennes, de l’humanité.


Alors non, le film n’est pas un chef-d’œuvre. Tout comme Matrix ne l’était pas non plus. Mais c’est le premier temps fort de l’année cinéma, et le voir foncer vers un destin comme celui de John Carter me fait mal. Très mal. Et puis, voir un film tenter d’expliquer la tâche rouge de Jupiter, vous n’en verrez pas 36 dans votre vie non plus !



Test rédigé par Geoffrey.

Jupiter Ascending : le test BRD.

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