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Star Wars : The force awakens ( J.J Abrams): la critique

16 Décembre 2015 , Rédigé par Geoffrey Publié dans #A la une, #action, #science fiction

Star Wars : The force awakens ( J.J Abrams): la critique

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…


Star Wars , épisode VII : The Force Awakens.


C'est une période de grand trouble. Depuis 3 ans, George Lucas ne dirige plus Lucasfilm, société qui a été rachetée par l'Empire aux grandes oreilles de Mickey. Les fans ont peur et sont aussi impatients. Les salles sont assiégées lors de la sortie du film.


Les esprits sont échauffés, les émeutes guettent si le long-métrage échoue à restaurer la paix et la stabilité dans le cœur des amoureux de la guerre des étoiles.


Et moi, je gagne du temps en écrivant un texte d'introduction qui ressemble à ceux qui défilent avant chaque épisode d'une saga mythique...




George Lucas avait beau le claironner depuis des années, il avait beau crier sur tous les toits que jamais Star Wars ne reviendrait au cinéma, l'espoir ne s'est jamais vraiment éteint. Il aura néanmoins fallu que Disney rachète Lucasfilm et décide de rentabiliser son achat pour que la Force et les sabres lasers reviennent chatouiller nos âmes. Disney qui, en 2012, désirait posséder son « Star Wars » en adaptant les aventures de John Carter (injustement boudées en salles) et qui a fini par décider qu'il valait mieux sans doute posséder Star Wars tout court que de tenter d'avoir sa propre saga. Cruelle ironie, les romans sur John Carter avait été une influence majeur de Lucas lors de l'écriture du film sorti en 77. Les voies de la Force sont impénétrables.


Bref, Star Wars est de retour. Et pour orchester ce retour, la directrice de Lucasfilm a réussi à convaincre J.J Abrams de se lancer dans l'aventure. Abrams, c'est l'homme qui a ramené Star Trek sur grand écran par deux excellentes fois, c'est aussi un disciple absolu de Steven Spielberg et qui a grandi dans la pop-culture. Pour savoir une chance de réussir , Abrams écrit le scénario avec Lawrence Kasdan, le scénariste de L'Empire contre-attaque, l'un des épisodes préférés des fans de la saga.


30 ans ont passé. L'Empire n'est plus mais le mal ne meurt jamais et les cendres du système politique de Palpatine servent à l'émergence du Premier Ordre. Face à cette menace , la République soutient un groupe de résistance armé mené par la princesse Leia.
Luke Skywalker a disparu mais personne ne le croit mort. Il est l'ennemi à abattre pour le premier Ordre & un mystérieux guerrier du côté obscur : Kylo Ren.
Sur la planète Jakku, Poe Dameron, un pilote chevronné trouve ce qui semble être une piste menant à Skywalker. Avant d'être fait prisonnier , il a le temps de cacher les données dans son droïde : BB-8. Ce droïde sera retrouvé par Rey, jeune fille pilleuse d'épaves qui rêve de s'envoler vers les étoiles et par Finn, déserteur du Premier Ordre. Leur rencontre va les lancer dans une aventure tournée à la vitesse lumière !


L'un des gros points positifs de cet épisode c'est sa fidélité absolue à la trilogie des années 80. Peut-être trop car on a parfois l'impression de revoir des passages remakés. Mais, J.J Abrams ne nous plonge en terrain connu que pour mieux nous faire sentir à l'aise dans ce qui est pourtant une terra incognita. Les codes sont là, on va donc secouer et s'amuser avec tout ça.
Car de par sa nature, Star Wars n'est pas original. Star Wars est une épopée classique dans ses grandes lignes et toutes les épopées possèdent grosso modo le même schéma narratif. La force de Lucas en créant cet univers aura été de régurgiter ses lectures mythologiques classiques mais aussi ses lectures, ses goûts de cinéphile,etc…En voulant retrouver et offrir au public ce qui l'a marqué durant son enfance et son adolescence, Lucas créa un mythe moderne. Et puisque Star Wars est un mythe qui se nourrit de mythes, il était cohérent que la saga finisse par se nourrir d'elle-même. Mais Abrams est coutumier de cela. Les trekkies le savent bien : Into Darkness jouait déjà énormément avec Star Trek 2 tout en créant des effets de miroir ou de miroir inversé. C'est la façon de faire de J.J Abrams pour s’approprier un univers et respecter des mondes qui ne sont pas les siens. Et ça marche. Ça ne révolutionne rien au sein de Star Wars (il y a des codes à respecter, impossible de partir dans un délire à la Jupiter Ascending quand on s'inscrit dans le respect d'une tradition ) mais ça agence les ingrédients de manière différentes.
Et contrairement à Terminator Genisys ou Jurassic World qui reprenaient (parfois plan par plan) des situations des premiers films pour les upgrader en pyrotechnie ou images de synthèses en jouant avec la nostalgie des fans pour que ça fonctionne (et ça ne fonctionnait pas), The Force Awakens se sert des rappels et de la nostalgie du public pour bifurquer, proposer quelque chose de neuf ou de tordus par rapport au récit d’origine. La nostalgie est ici un outil pour mettre les vieux fans en confiance mais pas au détriment d’un travail capable de parler aux spectateurs qui entreraient dans la saga par cet épisode. La nostalgie fonctionne quand on prend des personnages anciens pour jouer avec, hors c’est bien par le biais de tous nouveaux héros que nous entrons dans l’intrigue de cet épisode. Et qu’on s’attache à eux alors que nous ne les avions jamais croisés dans la saga avant est bien la preuve que la nostalgie n’est pas le moyen employé pour que le public accroche. D’ailleurs, les rares fois où elle est vraiment employée ( à savoir les quelques petites minutes entre Leia et Han Solo, la magie opère moins bien).


Non, les moyens c’est d’abord une réalisation nerveuse où le mot cinématographe prend soudain tout son sens : ciné vient du mot kiné en grec et qui signifie le mouvement. Et le mouvement de la caméra, des acteurs, etc…est constant durant les deux premiers actes, dommage que le dernier acte soint moins prenant et manque soudain de rythme, comme si l’énergie avait été absorbée par les deux premiers, le troisième se contenant d’un savoir faire indéniable et d’une dernière séquence belle à faire pleurer.
Se basant sur une vérité trop souvent oubliée, à savoir que le cinéma est avant tout un art vi-su-el, J.J Abrams fait passer énormément de chose par l’image et la mise en scène : inutile que les personnages déclament quinez minutes de textes après l’action quand l’action et un minimum de dialogues peuvent faire passer énormément d’informations sur la psychologie et la façon d’être des personnages. Le droïde BB- en est un bon exemple : sa forme ronde le rend bien plus mobile que R2-D2 par exemple, et ses mouvements de têtes permettent de lui prêter des émotions ! Sur un robot absolument pas anthropomorphique et qui produits des bips au lieu de parler !


Les moyens , ce sont aussi des acteurs plus ou moins inconnus du grand public. Bien entendu, Harrison Ford est un vieux de la vieille qu’on ne présente plus mais il nous offre ici quelque chose qu’il n’avait plus fait depuis longtemps : transmettre qu’il aime encore jouer la comédie en proposant autre chose qu’un mode automatique (la dernière fois, c’était en Indiana Jones pour Spielberg en 2008, et avant ça , ça devait remonter aux années 90).


Oscar Isaac n’est pas un débutant mais à part les cinéphiles, peu savent mettre un visage sur son nom ou inversement (Agora, A most violent year, Drive, sont pourtant de très grands films) mais cela est appelé à changer car nous le retrouverons dans une autre usine à rêve : X-men Apocalypse en Mai 2016 ! Loin de ses rôles profonds et sérieux, Isaac offre ici un personnage plus léger mais pas creux pour autant, Poe Dameron utilisant clairement l’humour et la bonne humeur pour supporter sa vie de pilote .




John Boeyga incarne Finn, un déserteur ayant croisé la route de Poe, là aussi, le sérieux côtoie le comique dans ce personnage qui cherche à fuir et qui devra se raviser.


Adam Drive est Kylo Ren, le bad guy dy côté osbcur du film. Il réussit en quelques séquences à faire ce qu’Hayden Christensen n’arrivait pas en deux films (ne jetons pas trop la pierre sur le petit Hayden, l’écriture de Lucas n’aide pas quand on est un débutant).


Et enfin Daisy Ridley dans le rôle de Rey. Elle, c’est le croisement improbable entre Natalie Portman et Keira Knightley, le tout servant le personnage le plus complexe de ce premier film. Capable de passer en un clignement d’yeux de l’exaltation à la tristesse, elle marque le film de son empreinte. Empreinte militante, son personnage transformant le film en tout sauf en remake des 6 précédents où la demoiselle en détresse, même forte, avait besoin à un moment ou un autre de son « chevalier » servant. Ici rien de tout cela, quand elle est en danger, elle s’en sort seule (même quand ses potes arrivent pour la secourir, elle a fait le boulot avant eux ! Son personnage rejoint le trio de femmes fortes de cette année, à savoir Furiosa dans Mad Max Fury Road et Ilsa Faust dans Rogue Nation ).On dirait presque que le film répète un mantra en boucle : la femme est à l’avenir de l’homme. Et cette femme-là c’est l’avenir de Star Wars.
Et si j’en parle en dernier, c’est juste pour ne pas déstabiliser le texte en l’encensant tandis que je ne fais que parler des autres.


Les moyens se sont aussi les choix artistiques. Le choix de tourner sur pellicule d’abord, loin des approximations des derniers épisodes de Lucas au niveau du rendu de l’image (mais n’oublions pas que c’est grâce à ce choix de Lucas que désormais, le numérique a évolué vers un rendu plus proche de la pellicule). C’est également le choix de ne pas user et abuser des effets numériques ( qui ont été plus souvent employés pour effacer que pour ajouter selon les propos du réalisateur) et de filmer les effets le plus souvent possibles sans renier les technologies modernes : les maquillages et les prothèses côtoient ainsi la motion capture, des explosions ont lieu sur le tournage, énormément de scènes sont tournées en décors naturels : le désert d’Abu Dhabi, l’Islande, les îles Skelling en Irlande (ah ça donne envie de les visiter en plus ! ).
C’est aussi le retour de John Williams à la musique. Si Papy Williams arrive toujours à fournir de belles mélodies, l’âge commence à venir le chatouiller : le souffle n’est plus le même et ce compositeur old school n’arrive peut-être pas à s’adapter à un style comme celui de J.J Abrams. À mon sens, le compositeur attitré de Abrams, Michael Giacchino, aurait été un meilleur choix bien qu’hérétique pour les fans car Giacchino est non seulement coutumier de travailler avec J.J Abrams mais il se place dans une tradition de composition fort proche de Williams et de feu James Horner ( quand celui-ci se donnait la peine il était un des meilleurs. D’ailleurs, sa mort laisse Avatar 2 orphelin de compositeur : James Cameron, si tu me lis, engage Giacchino ! ).
John Williams livre donc une belle copie mais à laquelle il manque quelque chose de puissant, les accents à la Wagner semblent très en retrait.
Par contre, je tiens ici à descendre les commentaires visant à dénigrer sa musique en affirmant qu’elle ressemble trop à celle des Harry Potter qu’il a composés …car ces Harry Potter avaient une musique fort proche de Star Wars ! Voila, c’est dit !


Comme je le disais plus haut, Star Wars, c’est un mythe jouant avec les codes des mythes et des épopées. L’océan d’étoiles ayant remplacé la mer Méditerranées d’ Énée, les planètes se substituant aux îles traversées par Ulysse. Lorsque le sabre laser bleu de Luke Skywalker lui est transmis par Obi-Wan, c’est l’image de l’épée de Siegfried qui est convoquée : ce héros nordique reforgeant l’épée de son père avant de partir à l’aventure. Quand ce sabre apparait dans The Force Awakens, il est impossible de ne pas penser à ce concept de transmission générationnelle ( c’était le sabre d’Anakin avant d’être celui de Luke) mais bim bam boum, le terrain connu devient terra incognita ( je me répète) car c’est soudain l’imagerie d’Excalibur qu’on nous balance ! Idem pour le schéma de l’appel de l’aventure que Joseph Campbell avait théorisé : il est là, il est bien là, mais décalé dans le temps par rapport aux personnages. Impossible de tout répertorier sans divulguer toute l’intrigue mais pour peu que vous connaissiez vraiment Star Wars (et donc ses influences) , vous devriez les retrouver très vite.
Non, The Force Awakens n’est pas un remake de l’épisode 4 : il se place dans un contexte biberonné aux mythes et à l’Histoire, deux concepts qui, qu’on le veuille ou non, sont basés sur la répétition de schémas généraux enveloppés par de subtiles variations. Et ce sont ces variations qui lancent l’histoire dans des directions différentes ( les deux premières trilogies sont en tous points différentes dans l’intrigue et pourtant les points de départs sont pareils pour les Skywalker et les points de convergence aussi : Anakin et Luke rencontre un sage qui va les mener à quitter leur zone de vie, ce sage mourra pour laisser un autre Jedi les former, la confrontation ultime se fait face au père , de substitution pour Anakin, biologique pour Luke, etc…). Il a donc les défauts (oui, le film n’est pas parfait) de ses qualités : quelques ficelles apparentes viennent faire tiquer mais guère plus que les ficelles des épisodes précédents, là encore, on retrouve ce sens des écrits mythologiques et de contes de fée qui forment l’ADN de la saga, certains effets spéciaux auraient pu être mieux gérés et trop de questions laissées en suspens peuvent parasiter la première vision du film.


Mais la Force est de retour ! Et de bien belle manière.

Star Wars : The force awakens ( J.J Abrams): la critique

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TheGame 28/11/2014 20:26

Merde ça donne envie :-)

Faut absolument que me retape l'intégrale, des années que je me dis ça :-)